Cultiver les liens et comprendre les modes de vie : les clés pour amplifier les transitions

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  • Mise à jour le 8 septembre 2026
  • Création le 8 septembre 2026

Comment mieux parler des transitions ? Vous avez une heure ! Cette heure, nous l’avons prise lors de l’évènement anniversaire du Cerdd qui s’est tenu le 30 juin 2026 au Louvre Lens Vallée. Une heure de table ronde avec trois invité·es, pour parler des difficultés à évoquer les transitions mais aussi révéler les leviers existants pour mieux expliquer, embarquer et rendre cette transition désirable.

Le Cerdd parle de développement durable, de transition écologique, depuis maintenant 25 ans. D’autres termes viennent régulièrement ponctuer nos discours : transformations, récits, sobriétés... Ce vocabulaire de l’écologie et du climat a son importance dans l’appropriation des enjeux.

Et pourtant, les constats partagés sont toujours les mêmes : il est difficile de parler de ces sujets, de réussir à convaincre. Les contraintes apparaissent en effet plus vite que les opportunités : budgétaires, techniques, culturelles, sentiment d’impuissance, peur du changement.

À cette difficulté, s’ajoutent d’autres constats : malgré des avancées marquantes (Grenelle de l’environnement, Accords de Paris sur le climat en 2015, marches pour le climat, planification écologique, etc.), les transformations profondes peinent à être engagées et le « bruit politico-médiatique » nous renvoie une forme de remise en cause des avancées en matière écologique. Une baisse des crédits sur les sujets environnementaux vient également contrarier la dynamique d’implantation de la transition écologique sur les territoires et dans les organisations. Enfin, comment ne pas parler du rôle massif des réseaux sociaux qui entraînent polarisation et radicalisation.

Comment faire pour mieux embarquer en profondeur nos proches, les citoyen·nes, les décideur·ses ?

Si l’urgence à agir n’est plus à démontrer, pourquoi n'arrivons-nous pas à embarquer massivement ? Parlons-nous suffisamment bien des transitions ? Par le choix des mots, des récits que nous portons, sommes-nous collectivement intelligibles ? Faut-il simplifier les messages, miser sur un discours alarmiste ou rendre visible les réussites ? En somme, la question centrale est comment faire pour mieux embarquer en profondeur nos proches, les citoyen·nes, les décideur·ses, des plus éloigné·es aux déjà convaincu·es ? 

Ces questions, nous sommes nombreux et nombreuses à nous les poser au quotidien, de par nos missions et métiers. Nous les avons posées à nos trois intervenant·es lors de la table ronde organisée à l’occasion des 25 ans du Cerdd :

  • Geoffrey Mathon, maire de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais)
  • Amélie Deloffre, cofondatrice de l’association Parlons Climat
  • Baptiste Gapenne, journaliste et fondateur de Territoires Audacieux

Baptiste Gapenne est le premier à témoigner sur cette place qu’occupe la transition écologique dans les médias aujourd’hui. Si la situation a évolué depuis une quinzaine d’années, c’est surtout la manière de concevoir l’information qui est en cause aujourd’hui. Selon lui, « on ne crée plus des contenus pour qu’ils soient lus mais pour qu’ils soient “picorés” ». Or, les transitions traitent de sujets complexes et demandent du temps pour être décryptés. 

Mais si les médias locaux sont essentiels pour révéler les réalités de terrain, ils ont tendance à disparaître. À titre d’illustration, 50 millions d’Américain·es n’ont plus de médias locaux autour d’elles·eux (source : Reporterre sans frontières). C’est ce que l’on appelle le « désert médiatique ». Les réseaux sociaux prennent alors une place déterminante pour relayer des informations s’éloignant des sujets qui concernent les citoyens et citoyennes et parlent de leur vécu local. On constate alors que sur ces territoires, les votes extrêmes s’intensifient. 

Ce constat de la difficulté à parler des transitions, Amélie Deloffre, de l’association Parlons Climat, le nuance. L’organisation, reconnue d’intérêt général, a publié en 2025, avec l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), la note Vers un pivot majoritaire de l’écologie. Celle-ci démontre que si une frange de la population est effectivement sensibilisée, il s’agit désormais d’élargir le spectre des convaincu·es. « La transition devient tangible, nous sommes sur une normalisation, souligne Amélie Deloffre. Nous sommes à un moment où les gens ont des exemples de démarches qui fonctionnent ». Et lorsque Parlons Climat interroge les imaginaires des personnes en 2050, les exemples donnés sur leur vie idéale font directement référence à des modes de vie en phase avec les enjeux écologiques et climatiques : absence de pesticides, voitures électriques… Geoffrey Mathon, maire de Loos-en-Gohelle le résume à sa manière : « Nous sommes arrivé·es à un consensus sur le besoin d’engager la transition écologique. Désormais, nous débattons du chemin pour y arriver ».

cinq personnes assises sur des canapés, derrière elles un power point les présente et la personne du milieu parle dans un micro
Table ronde « Comment mieux parler des transitions ? » organisée à l'occasion des 25 ans du Cerdd, le 30 juin 2026 au Louvre Lens Vallée. À gauche et à droite, les chargé·es de mission du Cerdd animant la table ronde : Alexis Montaigne et Élise Debergue. Au centre : Baptiste Gapenne, journaliste et fondateur de Territoires Audacieux, Geoffrey Mathon, maire de Loos-en-Gohelle, et Amélie Deloffre, cofondatrice de l’association Parlons Climat. © Cerdd

Pédagogie, proximité, bénéfices : des approches prometteuses pour embarquer 

Mais alors, peut-on en déduire qu’un passage à l’action plus ambitieux est en train de se produire ? S’il n’est pas possible de répondre à cette question, des pistes pour engager le changement d’échelle se dessinent à travers les témoignages de nos intervenant·es.

Travailler les portes d’entrée en est une première : démarrer une discussion en parlant de transition écologique sera rarement efficace auprès d’un public éloigné. Écouter les besoins, parler du coût du chauffage ou de la rénovation d’un logement, permet d’être dans le concret. Et de tirer le fil sur des dimensions plus larges pour donner du sens à ses actions. Le défi réside, selon Geoffrey Mathon, dans la capacité à « trouver le lien qui permet de faire la proximité. Pour débattre, il faut être proche des gens ». Cela exige donc d’être capable d’écouter, de poser ses intentions avec sincérité. Une posture qui demande de se former. L’exemple des canicules est intéressant à ce titre : l’adaptation des modes de vie et leurs effets sur la santé, montre selon Baptiste Gapenne, qu’on peut « aller droit au cœur des gens » en parlant de leur vécu et de ce qu’ils ou elles ressentent. 

Accepter la complexité : voici une deuxième piste qui nous bouscule tant les moyens de communication cherchent aujourd’hui la simplification. Comme l’explique Amélie Deloffre, les Français et les Françaises peuvent « penser qu’on ne vas pas y arriver, mais en montrant des images avant/après, ça montre facilement qu’un changement a eu lieu ». La complexité peut résider dans la perception qu’on a du chemin à emprunter, selon la cofondatrice de Parlons Climat, et pourtant, les pistes pour contrer cet argument sont là : « amplifier les discours qui montrent les réussites, révéler les chemins qui ont été empruntés ailleurs pour mieux se projeter ». Des idées appuyées par Baptiste Gapenne qui insiste sur « l’importance des histoires de proximité pour sortir des discours dominants ». C’est l’art de la pédagogie en quelque sorte, qui passe inévitablement par les récits.

Révéler les ressources et les liens : cette piste s’appuie plus directement sur l’expérience de journalisme embarqué menée par le média Territoires Audacieux dans le Grand Bergeracois (Dordogne). Des journalistes se sont installés sur ce territoire du sud-ouest de la France pour y produire des contenus visant à raconter les démarches déployées,  les ressources locales et les initiatives inspirantes en matière de développement durable. Un média a même été construit avec les acteurs locaux, le « Grand Bergeracois Audacieux ». Des partenariats ont été noués avec les cinémas locaux pour diffuser des reportages du média en remplacement des publicités traditionnelles. Cette démarche a contribué à l’émergence d’une cartographie locale des ressources, mêmes invisibles : de nombreux acteurs agissent sans que cela se sache !

Que nous révèlent toutes ces pistes soulevées par nos intervenant·es ? Que mieux parler des transitions ne se décrète pas. Ce sont des postures professionnelles qui doivent évoluer pour être davantage dans l’écoute et le répérage des signaux faibles. Cela exige de l’outillage, de l’ingénierie, et finalement de la formation pour monter en compétence. C’est notre capacité à adapter nos discours et nos capacités d’écoute qui déclencheront ce lien si précieux qui stimule l’envie d’agir autour de nous. Cultivons les liens et les espaces de dialogue pour révéler la transition déjà à l'œuvre. À nous, professionnels et professionnelles, d’amplifier ces transitions et de leur conférer une dimension stratégique au service d’un changement de modèle.