L’écoute et le dialogue au cœur de la concertation à Margny-lès-Compiègne
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Concilier les différents usages des voies de circulation, intégrant les mobilités douces, peut constituer un véritable défi pour une ville. Afin que chacun·e soit pris·e en compte et comprenne les contraintes des autres usager·ères, la commune de Margny-lès-Compiègne (Oise) emploie, lors de ses réunions de concertation, une méthode de médiation innovante appelée « PAT miroir ». Un outil réplicable pour d’autres thématiques, comme elle l’a fait pour son schéma de renaturation urbaine. Explications.
Le projet en bref
Objectifs de développement durable
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Tout commence lors du « grand débat national » de mars 2019. Margny-lès-Compiègne engage le débat avec ses habitant·es, autour de cette question : que faire pour diminuer les inégalités et améliorer le vivre ensemble dans la commune ?
Michel Pernot du Breuil, alors simple citoyen, utilisateur de la méthode PAT-miroir© dans son ex-métier, se voit alors confier l’animation des débats. Après plusieurs soirées citoyennes, trois grandes orientations émergent : il nous faut plus de développement durable, plus de démocratie participative et plus d’éducation citoyenne. De nombreuses propositions en découlent.
Fort de cette expérience, Bernard Hellal, maire de la commune, constitue une équipe municipale pour les élections de 2020 : les orientations définies lors du grand débat de mars 2019 sont inscrites au programme proposé. Michel Pernot du Breuil devient alors élu au sein de l’équipe municipale, adjoint délégué au Développement durable et participatif. Parmi les divers projets prévus, figure le développement des mobilités douces : « C’est un sujet compliqué, potentiellement clivant, mais qui faisait l’objet d’une forte demande », explique Michel Pernot du Breuil. Il invite son équipe à faire appel à l’entreprise Cooprex et à utiliser sa méthode « PAT miroir© ».
Une méthode empathique et d’écoute, pour créer du dialogue et obtenir un compromis satisfaisant
Élaborée à l’université technologique de Compiègne (UTC), cette méthode de concertation et de coconstruction des projets se base, dans sa phase initiale, sur l’expression, par les participant·es, de trois ressentis-clés face au projet traité :
- Leurs PEURS : elles constituent des freins vis-à-vis du projet, en révèlent des dangers, donc des précautions à prévoir ;
- Leurs ATTRAITS : ce qui motive les usager·ères et devra se traduire en objectifs à atteindre par des actions à mener lors de la mise en œuvre du projet ;
- Les TENTATIONS possibles, c'est-à-dire des comportements déviants pouvant nuire à l’atteinte des objectifs du projet, au détriment d’une partie des usager·ères. Pour les éviter, des règles de bonne conduite et relations de coopération seront convenues.
Lors de la phase d’expression des ressentis, tous·tes les participant·es sont invité·es à se décentrer de leur point de vue et à se mettre à la place de chacune des parties prenantes du projet : c’est la dimension « miroir » de la méthode « Peurs-Attraits-Tentations en Miroir ».
Dans ce projet visant à « une circulation apaisée et au partage harmonieux et sécurisé de l’espace public à Margny », la première séance de concertation a ainsi abordé successivement ces questions :
- « Mettons-nous tous et toutes à la place des cyclistes, piétons et personne à mobilité réduite : quelles pourraient être nos Peurs, Attraits, Tentations ? »
- « À présent, mettons-nous tous et toutes à la place des automobilistes : quelles pourraient être nos Peurs, Attraits, Tentations ? »
- « À présent, mettons-nous tous et toutes à la place de la Mairie (agent·es, élu·es, Police municipale, etc.) : quelles pourraient être nos Peurs, Attraits, Tentations ? »
Cette phase d’expression, d’empathie, d’écoute respective des différents points de vue est déterminante. Elle fonde la suite du travail :
- Tant dans son contenu : élaboration des solutions, des actions et règles à mettre en place ;
- Que dans le processus de coopération qu’elle instaure entre les parties prenantes : relation de confiance, de dialogue, favorisant l’élaboration d’un compromis satisfaisant pour tous
Une participation active et qui porte ses fruits
La première soirée a permis de recueillir plus de 400 propos (les « PAT ») en à peine deux heures. Les participant·es ont ensuite pu noter chaque propos selon son importance (pondérée de 0 à 10) perçue pour le projet : 95 % ont fait l’exercice ! Les séances suivantes ont permis d’en présenter les résultats : notamment les PAT fortement notés, à traduire impérativement – lors d’un atelier de coconstruction – en précautions, objectifs et règles d’usage, et finalement en plan d’actions du schéma des mobilités douces.
Outre une expertise technique de l’Institut de sécurité routière (ISR), l’animation neutre et experte de la concertation confiée à Cooprex a permis de conjuguer expertise technique et expertise d’usage, conduisant la Mairie et les habitant·es à formuler ensemble et à valider 170 préconisations. « C’est un accompagnement, pas un conseil, précise Michel Pernot du Breuil. Il ne s’agit pas de prendre une expertise et de l’appliquer. On valorise l’expérience de tous les usagers de la route pour aboutir à des solutions appropriées ».
Un schéma de mobilité apaisé… et bientôt un schéma de renaturation !
Résultat, après validation ultime par le conseil municipal et quatre ans de réalisations : l’ensemble de la circulation dans la ville est passée en limitation à 30km/h, les rues ont toutes intégré un double-sens cyclable, des plans de déplacement des établissements scolaires ont été déployés, des animations ont été organisées dans les écoles… Cette mise en œuvre a été régulièrement suivie et ajustée avec l’aide d’un comité citoyen, issu de la phase de concertation.
Au niveau de l’acceptation, pour Michel Pernot du Breuil, c’est un véritable succès. « On n’a eu aucun problème dans la mise en œuvre. Il a fallu faire de la communication et de la pédagogie évidemment. Mais aucune difficulté majeure rencontrée avec les automobilistes, cyclistes, riverains, constate-t-il. Finalement, faire cet investissement méthodologique en amont du projet, s’avère très "rentable" dans sa phase de mise en œuvre : gain de temps, pertinence et appropriation des solutions, communication facilitée et relayée par les citoyens ayant participé au processus ».
Et Margny-lès-Compiègne ne s’arrête pas là ! Enhardi·es par cette expérience, les citoyen·nes ont participé en 2025 à l’élaboration d’un schéma de renaturation urbaine, validé en septembre par le conseil municipal. « Le vivant ne s’arrête pas à l’espace public : la renaturation urbaine concerne également les espaces privés ! D’où la nécessité d’associer les habitant·es à la coconstruction des solutions : la méthode “ PAT miroir© “ s’est à nouveau révélée très efficiente ».
Une méthode qui change la relation entre élu·es, agent·es et citoyen·nes et consolide la participation citoyenne : outre la pertinence et la légitimité des projets qui en émergent, elle (re)crée du capital confiance et favorise le dialogue… donc le « faire et vivre ensemble » !
