Domaine du Val : reconversion d'un ancien golf en hâvre de biodiversité dans la Baie de Somme
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Xavier Mennesson, propriétaire du Domaine du Val, acquiert en 2023 un golf abandonné qu’il reconvertit en espace naturel protégé. Situé à 17 km de la Baie de Somme, le projet conjugue restauration écologique, écopâturage, médiation auprès du public et transmission dans le temps.
Le projet en bref
Objectifs de développement durable
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Avec ses 30 chalets sur pilotis, entouré de nature, le Domaine du Val, dans la Baie de Somme, cohabitait jusque-là avec un golf en contre-bas. Mais en 2019, à la suite de l’abandon de ce dernier, Xavier Mennesson fait l’acquisition des 25 hectares du golf qu’il convertit en espace naturel protégé afin de le préserver tout en permettant aux client·es des chalets d’en profiter. Une initiative qui démontre que le tourisme peut s’allier avec la préservation de la biodiversité.
Le Domaine du Val, première résidence de tourisme à obtenir le label RSE Lucie
L’histoire du domaine commence en 2005, lorsque Xavier Mennesson choisit de revenir sur les terres familiales de Grand-Laviers pour y bâtir une résidence de tourisme écoresponsable. Une sorte de « retour aux sources pour y créer quelque chose, partir d’un terrain qui appartenait à la famille pour en faire un produit touristique responsable », précise-t-il.
Le projet d’hébergement bénéficie de l’accompagnement d’un architecte sensible à la préservation des ressources et de l’appui de l’ADEME : choix du bois, épuration indépendante pour s’adapter au terrain sans le dénaturer, logement sur pilotis pour convenir à la topographie du lieu. L’engagement écoresponsable du domaine s’est ensuite densifié au fil des années : adhésion à l’association Zéro Carbone en 2007/2008, découverte de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en 2011 et des pratiques telles que le jardin bio, les mousseurs économes en eau, le chauffage centralisé, etc. Xavier Mennesson fait également installer des panneaux solaires, grâce au soutien financier de l’ADEME. C’est ainsi qu’en 2013, le Domaine du Val devient la première résidence de tourisme à obtenir le label RSE Lucie.
En 2019, le golf attenant au Domaine ferme ses portes après une trentaine d’années d’exploitation. Les 25 hectares se situant en zone non constructible et non aménageable deviennent une friche. La requalification en espace agricole s’avère impossible car le terrain est fortement exposé aux ruissellements et aux coulées de boue lors des épisodes de pluies orageuses. L’avenir de cet espace est alors incertain.
Préserver, éduquer et enchanter : le pari pour la nature et la génération future
Pour Xavier Mennesson, c’est une évidence : il veut racheter le terrain familial pour permettre à la nature de reprendre ses droits. Avant l’acquisition, il sollicite l’avis du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) des Hauts-de-France qui lui confirme que le lieu est un milieu remarquable. L’achat est enfin conclu en août 2023.
L’ambition du domaine tient en trois mots que le porteur revendique comme sa boussole : préserver, éduquer et enchanter. « Rendre à la nature, c’est mon épanouissement, tout n’est pas une question d’argent dans la vie », exprime Xavier Mennesson. En faisant le choix de préserver plutôt que de développer une nouvelle activité lucrative, le porteur de projet rappelle ses motivations : « C’est un projet qui me tient à cœur, avec cette transmission dans le temps » , confie-t-il.
La réserve naturelle du Domaine du Val est inaugurée à l’été 2025. Une convention de cinq ans est signée avec le CEN Hauts-de-France, qui a réalisé un diagnostic écologique complet en septembre 2024 et accompagne le porteur dans la gestion du site. Le projet a également été soutenu par la Fondation du patrimoine,par une campagne de financement participatif sur Ulule ainsi que par un financement européen à travers le dispositif Leader.
Les objectifs sont clairs :
- Restaurer les milieux naturels et mettre en place un pâturage de moutons ;
- Reconstituer un maillage écologique avec la plantation de 700 mètres linéaires de haie bocagère et d’un verger d’une cinquantaine d’arbres fruitiers (pruniers, cerisiers, poiriers, pommiers) ;
- Trouver le bon équilibre entre usage et protection notamment à travers un sentier d’interprétation balisé de 3,2 km (chants d’oiseaux, reconnaissance des espèces), la médiation auprès des familles, des visites pour les scolaires et l’accueil ponctuel du grand public lors d’événements annuels encadrés par des guides pour se familiariser avec la biodiversité.
« L’idée, ce n’est pas de fermer mais de gérer pour préserver », explique Xavier Mennesson. La réserve reste accessible toute l’année aux 5000 à 6000 résident·es annuels du Domaine du Val, par le sentier balisé.
Une réserve naturelle riche en biodiversité
Le diagnostic réalisé par le CEN Hauts-de-France en 2024 révèle une biodiversité avec une richesse exceptionnelle. Au total :
- Plus de 200 espèces végétales recensées, dont une quinzaine remarquables notamment le Polygale chevelu, la gentianelle d’Allemagne ou encore l’orchidée négligée qui est une espèce protégée en Hauts de France ;
- 58 espèces d’oiseaux observées, parmi lesquelles plusieurs sont en forte diminution à l’échelle nationale : la Linotte mélodieuse, le Bruant jaune ou la Tourelle des bois ;
- 50 espèces d’insectes dont trois remarquables à savoir : deux criquets ensanglantés l’Aeschne printanière, une libellule proche du seuil de menace dans la région.
Cette richesse tient à la mosaïque d’habitats du site : pelouses calcicoles, prairies sèches et humides, bosquets, plan d’eau et zone humide gorgée d’eau. Pour continuer à préserver cette richesse sans appauvrir les milieux, le conservatoire propose au porteur d’adopter la pratique de l'écopâturage avec des moutons. Un partenariat « gagnant-gagnant » s’est noué par la suite avec Laure Poupart, bergère de la Baie de Somme, qui y installe une soixantaine de ses brebis chaque hiver. Pour Xavier Mennesson, ce partenariat est aussi un retour aux sources: « bien avant le golf, c’était des zones de patures pour des vaches normandes », rappelle-t-il.
La réserve s’inscrit également dans un réseau territorial vivant. Le Parc naturel régional Baie de Somme, la Communauté d’agglomération Baie de Somme et la Région Hauts-de-France sont en dialogue avec le propriétaire pour des projets communs dans le cadre du contrat de destination baie de somme. Le Festival de l’Oiseau et de la Nature, rendez-vous annuel incontournable de la région, organise déjà des visites tests encadrées par des guides. À l'horizon 2030, un nouvel inventaire viendra mesurer l’évolution de la biodiversité et l’efficacité du plan de gestion.
En quoi cette initiative est bonne pour l’adaptation au changement climatique ?
Sur ces 25 hectares, la nature redevient un allié pour s’adapter au changement climatique. En effet, les espèces végétales de la réserve constituent un excellent puits de carbone : elles stockent du carbone tout en abritant des espèces menacées. La haie bocagère plantée en 2025 constitue un corridor écologique, freine les vents, ralentit l’érosion des sols et protège les cultures voisines. En privilégiant des essences fruitières adaptées au climat local, le verger ajoute une dimension nourricière et résiliente. De plus, la préservation de la zone humide participe à la régulation hydrique du bassin versant. À l’instar d’anciens golfs revenant à la nature en Écosse, en Australie ou au Canada, la réserve du Domaine du Val préserve la flore et la faune du milieu.
