Dans le Pas-de-Calais, Refurbaskets révolutionne la filière du textile en reconditionnant des chaussures pour les revendre

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  • récit
  • Mise à jour le July 6, 2026
  • Création le June 26, 2026
  • Pelves

À l’heure de l’ultra-fast-fashion, certain·es acteur·rices des Hauts-de-France se mobilisent pour lutter contre l’habillement à usage unique. C’est le cas de Refurbaskets qui, en huit ans, a collecté et reconditionné 4200 paires de chaussures pour les revendre. Découvrez le chemin parcouru par cette entreprise du Pas-de-Calais qui a aujourd’hui décidé de faire évoluer son modèle.

Le projet en bref

Objectifs de développement durable

  • 9. Industrie, innovation et infrastructure
  • 12. Consommation et production responsables

# Sur les mêmes sujets

  • #économie circulaire
  • #déchets
  • #reconditionnement

Tout commence en juillet 2018. Voyant le nombre de chaussures jetées chaque année, deux copains d’enfance se lancent un défi : celui de reconditionner eux-mêmes des chaussures en suffisamment bon état et de les revendre. Une première en France !

Ils forment un duo complémentaire, entre entrepreneuriat et artisanat : Quentin Labedz, qui a suivi un cursus d’ingénieur au sein de l’école CESI à Arras et, Corentin Baillien, un passionné de baskets, agile de ses mains, qui reconditionne ses chaussures à ses heures perdues.

En janvier 2019, les deux amis s’associent officiellement pour révolutionner la filière textile en créant Refurbaskets à Pelves dans le Pas-de-Calais. L’entreprise voit le jour grâce à un apport financier personnel ; à cela s’ajoutent des aides financières obtenues dans le cadre de différents appels à projet mais aussi dans le cadre du prix de l’audace Intermarché en 2019. 

Réduire l’impact environnemental de la chaussure

Si les deux amis se sont lancés dans cette aventure, c’est parce qu’ils ont pris conscience de l’impact environnemental de la filière. L’ADEME estime en effet que chaque année en France, 2,6 milliards de vêtements sont vendus. Le secteur du textile (dont la chaussure) représenterait 4 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde (source ADEME).

Le reconditionnement apparaît alors comme une solution efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais de quoi parle-t-on précisément ? Le reconditionnement correspond à la catégorie « valorisation matière » selon la hiérarchie des modes de traitement. Le bien ou produit, une fois devenu déchet, est collecté pour être vérifié et testé. Il subit ensuite une ou plusieurs interventions permettant de restituer ses fonctionnalités pour être revendu avec garantie. À titre d'exemple, le reconditionnement des appareils numériques est relativement bien connu ; ce n’est pas le cas pour la filière textile. La voie du reconditionnement est plus vertueuse que le recyclage car le déchet peut retrouver son usage initial en tant que produit sans une étape de destruction de la matière qui est souvent très énergivore et fait appel à des technologies de pointe.

Les prémices du projet, la construction du business modèle

En lançant Refurbaskets, Corentin et Quentin ont tout de suite choisi de travailler avec des baskets de grandes marques telles que Nike, Adidas, notamment pour attirer le plus grand nombre. Si une basket neuve coûte plus d’une centaine d’euros, la même paire reconditionnée n’en coûtera qu’une cinquantaine. L’idée est d’allier les dimensions économique et sociale, c’est-à-dire de rendre accessible ces chaussures à toutes et tous en proposant des prix attractifs, et en développant un modèle économique viable.

S’est aussi posée la question du système de collecte, du reconditionnement, et de la revente. Le projet s’est tout d’abord construit sur la base de dons de particuliers. Depuis 2024, des partenariats avec des centres de tri textile, à Boulogne-sur-Mer par exemple, se mettent en place. L’entreprise rachète les déchets via un cahier des charges précis, et réalise un premier contrôle. Les étapes de reconditionnement arrivent ensuite : 

  • l’hygiénisation : par process ampoule UV pour tuer les bactéries (cela permet d’éviter l’usage de lingette jetable)
  • le nettoyage manuel : à l’aide de différentes brosses (à poils durs, à poils mous, en laiton, en crep) pour s’adapter aux différents matériaux : nubuck, cuir, daim, toile, canvas
  • la teinture et le collage manuels

Ce process a été conçu pour produire le moins de déchets possible. Viennent ensuite s’ajouter des semelles intérieures et des lacets neufs.

Dernière étape : la vente ! Une fois prête, la paire de chaussures est prise en photo et mise à la vente via plusieurs canaux  : le site internet Refurbaskets, un compte Vinted pro ainsi que des distributeurs tel que Marketplace Decathlon.

Quentin Labedz et Corentin Baillien © Refurbaskets
Quentin Labedz et Corentin Baillien © Refurbaskets

« Réduction de la voilure » ou nouveau phare ?

La période 2024 – 2025 marque un tournant pour l’entreprise. Les deux entrepreneurs répondent à l’appel à projet de l’éco-organisme Refashion et remportent les Trophées de la mode circulaire, dispositif financé par l'ADEME et la MEL. Ils obtiennent des financements qui leur permettent de développer la stabilité de l’entreprise.

Les résultats sont là : en huit ans, 4 200 paires de chaussures sont vendues, pour 4 200 clients uniques. Petite anecdote que nous révèle Quentin : plus d’hommes que de femmes achètent les chaussures de Refurbaskets !

Bien qu’ils soient présents sur Vinted, les deux entrepreneurs remarquent que l’essor de la plateforme rend leur tâche plus compliquée : les plus belles pièces étant revendues directement sur la plateforme entre particuliers, ils se retrouvent avec un gisement de moins bonne qualité. Travailler avec les centres de tri, pour avoir des gisements conséquents et réduire les coûts, ne rime pas non plus avec qualité. À cela s’ajoute la fatigue liée au  processus de reconditionnement « manuel ». C’est ainsi qu’en fin d’année 2025, les deux amis décident de prendre des chemins différents.

Quentin n’abandonne pas son projet, il souhaite garder le cap, notamment en écrivant un nouveau chapitre : l’industrialisation de la filière du reconditionnement des chaussures. Il réfléchit actuellement à la conception d’une machine qui permettrait d’automatiser le processus de reconditionnement. Une redirection possible de l’entreprise : la vente de machine pour reconditionner et industrialiser les chaussures ? Affaire à suivre !