À la cartonnerie Gondardennes, dans le Pas-de-Calais, on en fait toujours plus pour utiliser moins d’eau

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  • Mise à jour le 17 septembre 2026
  • Création le 8 septembre 2026
  • Wardrecques

À Wardrecques, dans le Pas-de-Calais, sur les bords du canal de l’Aa, la cartonnerie Gondardennes tourne à plein régime depuis plus d’un siècle. En 1992, l’entreprise entame une politique environnementale ambitieuse. Son principal objectif  ? Réduire autant que possible son impact sur un élément clé de son activité : l’eau. Après plus de 30 ans d’innovations pour travailler en circuit fermé sur l’eau de process de la papeterie, la cartonnerie franchit un nouveau cap en 2024 en mettant en place un projet de gestion et de réutilisation des eaux pluviales – tout en explorant d’autres secteurs, notamment l’énergie et la réduction de ses émissions de gaz à effets de serre.

Le projet en bref

Objectifs de développement durable

  • 6. Eau et assainissement
  • 9. Industrie, innovation et infrastructure
  • 13. Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques

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À quoi peut bien ressembler une production de papier et de carton écologique ? Immédiatement, on pense à l’utilisation d’une matière première recyclée : chose faite de la part de la cartonnerie Gondardennes qui, depuis des décennies, produit à 100% à partir de papier recyclé. Pourtant, il y a bien plus à faire pour réduire l’impact de ce secteur. Cette industrie historique et familiale de Wardrecques (Pas-de-Calais), implantée sur les bords du canal de l’Aa, développe de multiples projets qui visent à améliorer ses processus de fabrication. Guidée par cette intention de lutter contre le changement climatique tout en œuvrant pour la bonne santé du territoire, la cartonnerie a très vite placé la question de la consommation et de l’impact sur la ressource en eau comme un axe clé de sa stratégie environnementale

Pas de cartons sans eau

Avec ses 440 employé·es, la cartonnerie Gondardennes produit du papier puis des plaques de cartons ondulés et des cartons d’emballages. Or, la fabrication de papier est un processus industriel très consommateur en eau : avec ses deux lignes de production, une usine comme celle de Gondardennes consommerait, en circuit ouvert classique, environ 10 mètres cubes d’eau (m3) pour une tonne de papier. C’est l’équivalent de la consommation moyenne quotidienne d’eau de 67 Français·es (environ 150 litres par jour). 

Face à ce constat, la cartonnerie fait, dès les années 1990, un choix précurseur en matière écologique : fermer les circuits d’eau sur le processus de production de papier. En s’équipant de sa propre station d’épuration, qui traite et renvoie l’eau directement dans les circuits, Gondardennes a diminué par trois sa consommation, passant à environ 3,7 m3 d’eau pour une tonne de papier

Toutefois, une partie de l’eau s’évapore lors du processus de production : même avec son système de circuit fermé, la cartonnerie prélève encore environ 400 000 m3 d’eau par an dans le canal. Alors que le changement climatique s'accompagne de pressions grandissantes sur le cycle de l'eau, avec des périodes de sécheresses plus longues, précoces et intenses rendant la disponibilité de la ressource plus fluctuante, la question de la préservation de la ressource en eau se fait d’autant plus présente, et les équipes cherchent régulièrement à aller plus loin dans leurs actions. 

Au fil des discussions et des bilans sur les projets de responsabilité environnementale étudiés ou réalisés depuis plusieurs années, l’idée de la récupération des eaux de pluies surgit. « Et c’était en 2021, donc avant même la sécheresse de 2022 », raconte Laurent Top, directeur industriel de la cartonnerie.

Un résultat au-delà des espérances

La cartonnerie Gondardennes prend alors contact avec l’Agence de l’eau Artois-Picardie qui tout de suite se montre enthousiaste pour le projet. L’Agence décide d’accompagner l’entreprise, et la met en contact avec un bureau d’étude. Le retour de celui-ci confirme à la cartonnerie son intuition : la récupération des eaux pluviales pourrait lui permettre d’économiser 140 000 m3 d’eau par an – une diminution de plus d’un tiers de sa consommation.  

Décision est donc prise de se lancer ! 16 mois plus tard, les modifications des circuits de traitement de l’eau ont été réalisées. Et ce sans arrêter la production. 2024 sonne le galop d’essai de ce nouveau processus. Les résultats se montrent très vite satisfaisants. Sur douze mois glissants, la cartonnerie économise 250 000 m3 d’eau : presque 100 000 m3 de plus que ce qui avait été estimé ! Aujourd’hui, la cartonnerie de Gondardennes consomme donc cinq fois moins d’eau qu’une cartonnerie classique. Une première en France, qui place l’entreprise parmi les industries innovantes sur les enjeux hydriques. Un caractère salué par la remise de plusieurs prix et label, en particulier le Label « Vitrine Industrie du Futur », et le trophée économie de l’eau remis par la  Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). En 2025, la cartonnerie a prélevé de l’eau dans le canal de l’Aa pendant seulement deux semaines sur la totalité de l’année.

Une politique de gestion du risque 

Bien sûr, un projet aussi ambitieux a un coût. Il a fallu investir 2,4 millions d’euros dans le cas de la récupération des eaux de pluie. Un retour sur investissement extrêmement long : plus de cent ans dans le cas présent. L’aide accordée par l’Agence de l’eau a donc été déterminante dans la capacité de l’entreprise à mettre en œuvre le projet : 25% de subvention et 40% d’aides aux financements sur un budget estimé à 1,35 millions d’euros en 2023, puis de nouveau 40% de subvention pour un budget de 500 000 € en 2024.

Malgré tout, les dirigeant·es ne regrettent pas leur choix. Car c’est aussi une logique de gestion du risque et d’adaptation au changement climatique qui les a guidés. En effet, l’eau est indispensable à l’activité de la cartonnerie : en cas d’arrêté sécheresse, il suffit de deux ou trois heures pour que l’usine doive cesser l’ensemble de son activité. Les circuits fermés, et l’appui sur les eaux de pluie permettent de limiter cette vulnérabilité

De plus, l’ensemble de ce système de traitement et de valorisation de l’eau lui permet de réduire considérablement ses rejets d’eaux : une dimension cruciale pour limiter son impact sur les milieux naturels et protéger la qualité de la ressource. « Depuis septembre 2024, plus une seule goutte d’eau ne ressort de chez nous, cela signifie par exemple que nous ne rejetons pas de PFAS  », souligne Laurent Top. 

Énergie, transport, déchets : une action qui dépasse la seule question hydrique

L’énergie et la circularité des processus pour réduire les déchets occupent également une part importante de l’action environnementale de la cartonnerie

Depuis 2021, le site de Wardrecques est connecté au réseau de chaleur « Flamoval » et son centre de valorisation énergétique, gérés par le Syndicat mixte Flandre Morinie. Dans un partenariat public-privé, la cartonnerie envoie de l’eau au centre de valorisation, qui en retour lui renvoie de la vapeur venant alimenter son circuit énergétique. Lorsqu’il est en fonctionnement, ce système couvre 50% des besoins énergétiques du site : un approvisionnement décarbonné qui lui permet de réduire ses émissions de CO2 d’environ 20 000 tonnes par an par rapport à un mix énergétique conventionnel. Pensé dès 2010, ce projet innovant aura mis dix ans à se concrétiser. Il a reçu le soutien de l’Union européenne et de l'ADEME – l'agence a apporté une subvention totale de 2,4 millions d'euros.

D’autres projets sont à l’étude pour continuer d’alimenter l’entreprise avec des énergies renouvelables. Par exemple, la station d’épuration est connectée à un méthaniseur qui produit du biogaz. Aujourd’hui, une petite part de ce biogaz alimente la chaudière (6%), mais l’autre part est perdue. L’acquisition d’un moteur est en cours, qui permettra de réutiliser 100% du biogaz émis en alimentant une production d’électricité. 

Une réflexion est également menée qui vise à réaliser des gains d’énergie en utilisant la chaleur produite par les processus industriels pour alimenter les systèmes d’aération et de refroidissement, et ainsi chasser l’humidité qui règne dans les bâtiments. La cartonnerie entend lancer ce nouveau projet en 2026.

Enfin, si une grande majorité des matériaux reçus pour servir de matière aux processus de production sont réutilisés (papiers et cartons), il subsiste toujours une part de déchets inutilisables. Par an, environ 15 000 tonnes de déchets reçus parmi les entrants de la cartonnerie (plastiques, ferrailles, plaquettes de freins…) sont ainsi évacués et mis en déchetterie sans avoir servi les activités de la cartonnerie. Or, ces déchets sont composés en bonne partie d’eau : en estimant qu’il reste 35% d’humidité dans ces déchets, ces 15 000 tonnes représentent environ 4 000 tonnes d’eau. La cartonnerie souhaite investir dans un système de chaleur alimenté par le moteur biogaz pour les faire sécher, récupérer l’eau évaporée, la condenser et la réutiliser dans ses circuits. Une telle solution innovante permettra à la cartonnerie d’agir simultanément sur les enjeux de déchets-matières, d’économie d’eau, d’économie d’énergie, et de réduction des émissions de gaz à effets de serre liés au transport.

Alors, à quoi ressemble une production de carton plus sobre ? La cartonnerie Gondardennes montre bien que la réponse ne se limite pas à l’utilisation de matière première recyclée. Elle implique de réinterroger l’ensemble de ses processus industriels pour lutter contre le changement climatique et pour la préservation des ressources.

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    Fiche initialement publiée en 2019.