Depuis l'hiver 2022-2023, entre menaces de pénuries énergétiques liées à la guerre en Ukraine et publication du sixième rapport du GIEC qui en donne pour la première fois une définition, la sobriété est sur toutes les bouches. Si de prime abord, elle semble s'imposer comme un rouage incontournable et « universel » de la transition écologique, on redoute souvent qu'elle soit en réalité « subie » par certain·e et appliquée inégalement - entretenant le maintien de toute une frange de la population dans la précarité. Cette crainte alimente celle d'un rejet des normes ou des règles de sobriété par une large part de la population, et freine ainsi l'adoption de politiques de sobriété ambitieuses.
Pourtant, la définition qu'en fait le GIEC souligne justement que le respect des limites planétaires ne serait se faire au détriment des plus vulnérables : « La sobriété correspond à l'ensemble des mesures politiques et des pratiques du quotidien qui évitent la demande en énergie, en matériaux, en sols et en eau, tout en assurant le bien-être pour tous dans les limites planétaires. » (GIEC, 2023)
C'est précisément pour explorer ce lien entre exigence écologique et impératif de justice sociale que le Pacte Civique a lancé en 2024-2025 le projet « Sobriété et Pauvreté ». Paru en août 2025, le rapport final rend compte de cette enquête qui a conduit l'association à interroger des personnes en situation de pauvreté pour comprendre comment elles perçoivent la sobriété, et réfléchir avec elles aux conditions d'une transition écologique juste.
Sobriété et justice sociale : deux faces d'une même pièce
Partant du principe que les personnes les plus précaires sont les premières exposées aux conséquences du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, tout en étant porteuses de savoirs pratiques et de solutions concrètes face à ces défis, le Pacte Civique est parti à leur rencontre.
L'enquête s'est déroulé en deux temps. D'abord, une enquête quantitative par sondage qui a permis d'avoir un premier aperçu des perceptions et pratiques des personnes en situation de précarité. Les résultats ont ensuite nourri le deuxième volet de l'enquête, à savoir une phase qualitative faite d'entretiens semi-directifs, permettant de documenter plus finement les pratiques concrètes des personnes concernées. Ce cadre a permis l’émergence d’une parole libre et forte, retranscrite au fil du rapport.
Les enseignements de cette double enquête confirment la conscience qu'ont les personnes précaires des enjeux de la transition écologique et de leur conviction que l'action est nécessaire, ainsi que la richesse de leurs réflexions et de leurs suggestions de méthode, qui constituent des ressources indispensables, trop souvent invisibilisées. Ces pratiques soulignent fortement la nécessité d'articuler constamment enjeux environnementaux et enjeux sociaux.
Au global, ce rapport est un appel à une sobriété structurelle, portée et organisée par les institutions publiques, débattue collectivement et démocratiquement, et appliquée avec justesse et égalité à toutes et tous. Il fait ressortir l'importance du respect de la dignité, du soin apporté aux relations humaines et aux liens de proximité, de la reconnaissance des savoirs et des pratiques populaires, et du vivre-ensemble.
Le rapport conclut sur une synthèse des propositions méthodologiques formulées par les personnes interrogées : neuf propositions qui sont autant de leviers à prendre en main pour construire une politique de sobriété ambitieuse et fédératrice.