C’est un constat au goût amer qui a motivé le WWF à conduire en 2025 son enquête « récits pour une écologie populaire » : jamais les Français·es n’ont été aussi inquiet·ètes pour l’avenir – et pourtant, jamais l’écologie n’a semblé aussi absente du débat public. Pire, l’écologie apparaît de plus en plus comme un élément de clivage politique : on serait « pour » ou « contre », un point c’est tout. Pour comprendre pourquoi l’écologie peine autant à mobiliser, et surtout comment renouer le lien entre écologie, émotions et quotidien pour renforcer la mobilisation des français·es, le WWF a mené une grande enquête d’opinion.
L’association a été épaulée dans ses recherches par un cercle de réflexion composé de chercheur·euses issu·es de plusieurs disciplines, d’artistes, de philosophes, de journalistes et d’acteurs du terrains. L’ensemble de ces savoirs ont été confrontés aux ressentis des Français·es, récoltés eux grâce à une vaste enquête en ligne ayant reçu plus de 10 000 réponses.
Quatre leviers mobilisateurs pour construire les récits d’une écologie populaire
Le rapport qui rend compte de cette enquête démarre avec une autocritique : le choix fait depuis de nombreuses années par les acteurs des transitions de déployer un discours ancré sur des faits scientifiques et sur un argumentaire technique a échoué à enclencher une mobilisation massive. Voire même, ce registre technique a rendu l’écologie abstraite, lointaine, déconnectée du quotidien des Français·es et donc peu mobilisatrice.
Les suites de l’enquête révèlent quels leviers mobiliser pour sortir de cette ornière. Le WWF fait le pari d’un discours plus sensible, plus ancré dans le concret et dans la vie des gens : le choix des récits. En particulier, quatre piste, quatre orientations de récits mobilisateurs émergent, capables de rendre l’écologie plus fédératrice :
- L’argument de la santé ou le récit du « destin individuel » : parce qu’elle tient de l’intime, la santé est une thématique fortement mobilisatrice pour parler d’écologie. Asthme, cancer… chacun connaît quelqu’un qui souffre, ou souffre soi-même d’une affection liée à son environnement. Par ailleurs, les liens entre les deux thèmes sont de plus en plus connus, en témoigne la mobilisation contre la loi Duplomb à l’été 2025.
- L’argument économique ou le récit du coût de l’inaction : la question du coût financier de la transition est un argument décisif, mais trop peu ou mal exploité pour le moment. C’est notamment le coût de l’inaction qui frappe les répondants, mais avec le besoin d’en parler à l’échelle micro-économique : quelles économies la transition permettra sur le budget d’un foyer ? À l’inverse, si rien n’est entrepris, quels seront les coûts pour les particuliers ?
- L’argument de l’attachement au patrimoine ou le récit du sensible et de la transmission : la question de la préservation du patrimoine (naturel, historique et immatériel), de la transmission d’une culture et d’une identité locale a un potentiel mobilisateur fort car elle fait appel aux émotions et aux liens affectifs. Néanmoins, celui-ci est encore trop peu mobilisé, et les liens entre évolutions du climat et risques pour le patrimoine sont trop peu connus.
- L’argument géopolitique, ou le récit de la souveraineté et de l’indépendance : à l’heure de la raréfaction des ressources (eau, uranium, terres rares, terres arables...), il apparaît de plus en plus clairement que la gestion l’environnement impacte et impactera fortement la souveraineté des États ainsi que les rapports géopolitiques. Le contexte international étant une source importante de préoccupation pour les Français·es, exploiter le lien entre souveraineté et écologie semble être un piste prometteuse au service de la mobilisation.