Le Dialogue territorial s’ancre dans les Hauts-de-France grâce à son école

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  • Mise à jour le March 11, 2026
  • Création le October 30, 2025

Entre juin et décembre 2025, huit structures publiques et privées ont été formées aux défis de la médiation environnementale au sein de l’école régionale du Dialogue territorial, créée par le Cerdd en partenariat avec l’association Geyser. Retour sur les enseignements de cette première promotion.

En juin 2025, 19 participant·es se sont installé·es sur les bancs d’une école fraîchement créée à Loos-en-Gohelle, pour se former au Dialogue territorial. Ces apprenants et apprenantes viennent de huit structures qui ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Cerdd pour faire partie de la première promotion de cette nouvelle école : le Département du Pas-de-Calais ; le Syndicat mixte pour l'aménagement et la gestion des eaux de l'Aa (SMAGEAa) en groupement avec la commune de Bourthes et l’association De rives en rêves ; SNCF Réseaux ; France Nature Environnement Hauts-de-France ; la coopérative OPTEOS ; le CPIE Canche et Authie. 

L’école affiche deux objectifs :

  • Diffuser une culture commune du Dialogue territorial dans la région ;
  • Promouvoir le Dialogue territorial pour faciliter les projets liés à la transition et accompagner la résolution de problème autour de ces sujets.

En effet, le constat de départ est implacable : s’il y a une forme de consensus international, national, voire local, sur la nécessité d’engager la transition des territoires, de nombreux sujets restent conflictuels et montrent à quel point les chemins de transition peuvent être escarpés. Inondations, conflits d’usage, projets contestés (autour des énergies renouvelables par exemple)... Les habitudes de dialogue sont écornées et nuisent à la capacité de chacun·e à communiquer et à s’organiser face aux enjeux.

Par ailleurs, le contexte international de remise en question des fondements même de la lutte contre le dérèglement climatique ajoute une certaine tension dans les échanges. La polarisation des débats, accompagnée d’un usage dérégulé des réseaux sociaux, rend les discussions inaudibles et simplistes et nourrissent la tentation à la démagogie et au populisme.

(Ré)apprendre à dialoguer

L’école régionale du Dialogue territorial a été créée avec l’objectif de (ré)apprendre à dialoguer sur les territoires et entre les gens. Le profil des structures ayant répondu à cet AMI est d’ailleurs très intéressant. D'une part, des organisations confrontées au besoin de renouer le dialogue avec des parties-prenantes autour de projets et de pratiques qui génèrent des crispations. D'autres part des organisations qui ressentent la nécessité de se former pour anticiper des besoins de médiation, à court ou moyen terme.

Cinq journées de formation ont été organisées, sur deux sessions (juin puis décembre). Les trois premiers jours de formation se sont tenus en juin et ont permis de partager des messages essentiels :

  • Tout d’abord sur le périmètre : le Dialogue territorial est une démarche de concertation multi-acteur·rices basée sur les principes de la médiation de conflits. Il vise à résoudre des problématiques environnementales, à améliorer la gestion des territoires et/ou à résoudre des conflits. Le Dialogue territorial n’a pas été imaginé comme une méthode de concertation visant à faire aboutir un projet, mais comme un processus visant à maintenir une qualité de dialogue entre acteur·rices, quel que soit le résultat (abandon, maintien ou ajustement d’un projet).
  • La posture des médiateur·rices du Dialogue territorial est ainsi déterminante : la multi-partialité diffère de l’impartialité. Elle permet de dire à chacune des parties-prenantes : « je suis avec vous ».
  • La méthodologie de conception d‘un cadre de dialogue a également été travaillée pendant ces trois jours : apprentissage des principes de l’écoute active, réalisation d’entretiens, conception et réunion des collectifs de travail, définition d’un schéma de gouvernance avec une attention forte portée au lien avec le processus décisionnel dans les projets.

« Dans la concertation de projet, les regards se tournent vers le projet. Dans le dialogue territorial, les regards se tournent vers l’autre. » Cécile Bourbon de l’association Geyser et formatrice

Pour mieux coopérer

La session de décembre fut l’occasion de poursuivre la déclinaison méthodologique du Dialogue territorial : comment animer, dans le cadre d’une discussion autour d’un conflit, des séances de partage des besoins et travailler à l’émergence de solutions collectives ? 

Elle fut également l’occasion d’accueillir Samuel Aubin, parrain de cette première promotion, qui proposa au groupe une conférence sur les enjeux croisés du dialogue et de la coopération. En effet, si nous prenons le temps d’observer les fonctionnements sociaux, nous réalisons que les gens coopèrent en permanence. Mais coopérer, est-ce si simple ? Pour travailler cette dynamique coopérative, Samuel Aubin nous rappelle que nous avons besoin de combiner trois registres : l’individuel (faire émerger des personnes désireuses et capables de coopérer), le collectif (favoriser l’émergence de collectifs de qualité pour coopérer), le politique (ne plus être dans un fonctionnement social basé sur le rapport de force mais sur la coopération).

Pour soutenir l’émergence de personnes (au sens d’individus dotés d’une personnalité), nous avons besoin de collectifs de qualité capables de les accompagner dans leur cheminement et leur pouvoir d’agir. C’est en effet dans les relations avec les autres que la confiance en soi se constitue (nous avons besoin de reconnaissance). Ainsi, dans un collectif, la qualité de la relation n’est pas un bonus, c’est un objectif en soi. 

Cette dimension de la reconnaissance est fondamentale dans les démarches de transition puisque notre identité passe par le regard de l’autre. Or, nos vies sont le plus souvent régies par des normes et des pratiques (ex. : la consommation) qui nous enferment pour appartenir à des groupes, être accepté·es. Nous avons donc besoin d’une alternative pour accepter la “déconsommation”, la sobriété. Et cette alternative doit pouvoir se reposer sur la qualité de nos liens, qui renforceront nos capacités d’actions collectives.

C’est de tout cela dont nous avons besoin pour coopérer et prendre le temps de dialoguer, de s’écouter et de se comprendre. 

Un voyage anthropologique

À travers des mises en situation, des analyses de cas, les apprenant·es ont ainsi pu éprouver les concepts théoriques et se projeter sur des applications concrètes sur leur territoire. À l’issue des trois jours, ces professionnel·les ont surtout partagé, avec beaucoup d’humilité, ce sentiment d’avoir découvert une notion que l’on croit connaître mais qui est bien plus qu’une posture : l’empathie. 

Cette formation a été vécue comme une sorte de « voyage anthropologique » où l’on apprend à découvrir la vie des gens, où l’on s’appuie sur des cadres méthodologiques précis pour amener les personnes à « voir le monde différemment » et ainsi atténuer la « susceptibilité du monde ».

Des actions déjà engagées et une envie de plaider pour le Dialogue territorial

Les participant·es n’ont pas tardé à appliquer les méthodes découvertes en juin, preuve d’une appropriation forte du contenu de formation : animation d‘un processus de médiation sur la gestion d’une route départementale, réflexion sur l'intégration du Dialogue territorial dans la conception d’un outil pédagogique sur les risques naturels, organisation d’un atelier sur le Dialogue territorial dans le cadre d’un évènement sur la méthanisation agricole.

La dernière journée de cette formation s’est conclue par un partage des vécus de chacun et chacune et de leurs envies pour diffuser en région les messages et la philosophie du Dialogue territorial. De ce partage est né un texte, que le groupe accepte de partager dans cet article.

… en attendant le lancement d’une deuxième promotion

Fort des acquis de cette première formation et des demandes de renouveler l’expérience pour celles et ceux qui n’ont pu se positionner sur la première promotion, le Cerdd se penche déjà sur le scénario d’une nouvelle promotion 2026 - 2027. Un appel à manifestation d’intérêt sera lancé au printemps 2026 pour le recrutement d’une deuxième promotion qui poursuivra ce travail et l’essaimage des pratiques de Dialogue et de médiation en région Hauts-de-France.

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