La communication comme levier de gestion des déchets… et de prévention !
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Vous pensez qu’il n’y a aucun lien entre déchets et communication ? Détrompez-vous, ces thématiques ont tout à faire ensemble ! Avec cet article, découvrez un terrain de jeu insoupçonné et saisissez l’opportunité de créer une communication positive et innovante à destination d’un très large public (tout le monde produit des déchets !). La Région Hauts-de-France organisait un atelier en mars 2026 pour en parler : on résume pour vous !
Si l’on définit familièrement les déchets comme étant « ce dont on ne veut plus entendre parler » et la communication comme étant « ce dont on parle », le sujet de l’atelier proposé par la Région Hauts-de-France, le 24 mars 2026, peut sembler surprenant. Pourtant, le thème de la communication engageante sur la prévention et le tri des déchets a mobilisé une trentaine de technicien·nes des collectivités chargées de la gestion des déchets. Pour elles·eux, le sujet est une évidence issue d’un paradoxe fort : tout le monde produit des déchets mais le sujet ne semble intéresser personne. Un constat partagé qui a donné lieu à de nombreux échanges que nous restituons dans cet article.
Le plan de communication
En raison de la nature très diverse des déchets, et de la multitude d’acteurs impliqués, l’organisation de la collecte est souvent perçue comme complexe et peu lisible pour l’usager·ère. D’autant plus qu’il n’y a pas d'homogénéité d’organisation à l’échelle nationale ni régionale (consignes de tri qui varient d’un territoire à l’autre).
Or, pour que cette organisation soit efficace, il faut que les usager·ères la comprennent et se l’approprient. Cela nécessite un travail de pédagogie qui doit être conçu sur le moyen et le long terme pour permettre des changements durables des comportements.
La conception, en coopération, d’un plan de communication permet de répondre aux besoins du service technique. Notamment, celui de faire coexister des communications très court terme ( « la collecte de demain est annulée » ) avec des messages plus structurants (par exemple, déploiement d’une tarification incitative sur plusieurs années).
L’ensemble des participant·es à l'atelier de la Région s'accordent à dire que l'ambition globale est que les habitant·es comprennent que la gestion des déchets est un symptôme de nos modes de consommation. Tous souhaitent donner une place plus importante à la prévention et porter des messages de sobriété. Mais la place attribuée à la thématique déchet est souvent limitée dans les calendriers de communication des collectivités devant transmettre des informations variées allant de la gestion des équipements communautaires (salle de spectacle, piscine,..) à la date du prochain conseil.
Quel support ? Quel média ?
Les présentations des syndicats de collecte et traitement Trinoval et SMAV ont mis en lumière le volume de messages à transmettre ainsi que la variété des supports à produire pour informer les usager·ères, tout en tenant compte de leurs diversités (âge, classe sociale, sensibilité au sujet, média consultés, etc.). En voici un aperçu :
Communication papier : calendrier de collecte, journal, articles d’actualité (évolution réglementaire, déploiement d’une tarification incitative, changement d’une fréquence de collecte, etc.), flyers (prévention, compostage, consignes de tri, etc.), stickers « Stop pub », cravates pour le contrôle de bacs, rapports institutionnels, etc.
Communication digitale : site internet, application dédiée, réseaux sociaux (ex : annulation d’une tournée pour cause d’intempéries, relai d’articles), etc.
Signalétique : création d’affichage pour les déchetteries, conception de visuels (bennes à ordures ménagères, points d’apport volontaire), etc.
Communication de proximité : organisation de réunions publiques, animation dans les écoles, ambassadeurs du tri (porte à porte), journées portes ouvertes (visites d’installations de tri, de stockage, etc.), jeux, etc.
L’évolution d’un service déchet étant une décision politique, les technicien·nes des collectivités doivent également produire de l’information pour les élu·es en charge de cette thématique. Notamment pour expliciter quels sont les dispositifs existants et efficaces pour favoriser le tri, limiter la production de déchets et les coûts associés (modification des fréquences de collecte, tarification incitative, etc.). Pour accompagner les transitions, il est important que le discours soit cohérent entre le service de collecte et/ou de traitement et les élu·es en contact direct avec les administrés.
Quel ton adopter ?
Le retour d’expérience du SMAV montre qu’une communication positive sur la thématique des déchets est possible. Sur les réseaux sociaux du syndicat, un ton humoristique et décalé est assumé : le choix est fait de s’adresser aux individus en faisant appel à ses références (pop culture, modes des réseaux sociaux, etc.) ou en rebondissant sur l’actualité. Les publications font rire ou sourire et sont souvent partagées. Cela marche, mais au démarrage il a fallu convaincre, notamment les élu·es, d’aller dans ce sens.
Déjà présent sur Facebook, le SMAV envisage l’ouverture d’un compte Tiktok avec une communication à destination d’un public plus jeune et axée sur la réduction des déchets.
Dans la Somme, le syndicat Trinoval a adopté depuis plusieurs années une charte graphique. Imaginée par un illustrateur local, elle met en scène cinq personnages, dont deux poules, qui portent la voix du syndicat dans toutes leurs productions. Ces visuels se retrouvent également sur les points d’apports volontaires du territoire ou les bennes d'ordures ménagères.
Le choix des mots
« Déchet » ou « ressource » ? « Ripeur » ou « éboueur » ? Une piste pour rendre la thématique plus attrayante peut être de faire évoluer le vocabulaire et de trouver des alternatives positives pour éloigner des mots qui peuvent agir comme des repoussoirs.
Cette approche permet, par exemple, de mettre en avant le potentiel matière des déchets, et ainsi de justifier les efforts de tri demandés aux usager·ères. Mais elle s’accompagne aussi d’un risque, celui de ne plus se faire comprendre : « poubelle » est plus clair que « bac » pour l’usager·ère ; « prévention » fait plutôt écho à la « prévention routière » qu’à la réduction des déchets. Un équilibre à trouver, donc !
Bien sûr, des moyens sont nécessaires pour la mise en place de dispositifs de communication innovants qui permettraient de sortir d’un discours souvent perçu comme culpabilisant. Mais la discussion peut déjà être enclenchée avec, autour de la table : technicien·nes, communicant·es, élu·es voire même les habitant·es.
Article basé sur :
- les présentations :
- du syndicat mixte interdépartemental de ramassage et de traitement des ordures ménagères de la Picardie Ouest (Trinoval) ;
- du syndicat mixte artois valorisation (SMAV) ;
- les présentations des bureaux d’études Oikeo et V2R ;
- les interactions avec la salle.
