Géo-ingénierie climatique : les recommandations de l’Académie des Sciences

  • ressource
  • Mise à jour le January 30, 2026
  • Création le January 15, 2026

Le 2 octobre 2025, l’Académie des Sciences a publié le rapport Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives. Fruit d’une revue de littérature poussée et de multiples auditions d’expert·es, ce rapport fait le point sur la maturité des solutions de géo-ingénierie climatique et sur l’opportunité de leur déploiement à grande échelle. Sur la base de ces observations, l’Académie appelle à la prudence, voire à l’adoption d’un moratoire international contre le déploiement de certaines de ces solutions

A priori, un rapport de l’Académie des Sciences sur un sujet aussi technique que la géo-ingénierie peut sembler être une lecture dissuasive. Et pourtant ! Malgré la complexité du sujet, le rapport publié par l’Académie en octobre 2025 est très accessible. Il permet de comprendre plus en détails le principe de fonctionnement de certaines de ces solutions, et d'y trouver des arguments, scientifiquement fondés, pour ou contre ces technologies émergentes.

Toutes les nuances de la géo-ingénierie

L’Académie définit la géo-ingénierie comme étant toutes les « méthodes d'intervention directe sur le système climatique à l'échelle planétaire pour limiter le réchauffement global [...] certaines méthodes s'appuient sur des phénomènes naturels qu'elles tentent d'amplifier ou d'accélérer, d'autres font appel à des processus technologiques ».

Partant de cette définition, le rapport est construit en trois parties, correspondant à trois grandes catégories de méthodes – déclinées ensuite en plusieurs méthodes ou technologies. Pour chacune d'entre elles, le rapport expose à chaque fois : ce que c'est, ses atouts, ses limites, et les recommandations de l'Académie.

On trouve donc dans le rapport des explications sur :

  • les méthodes de modification du rayonnement solaire :
    • l’injection d'aérosols stratosphériques ; 
  • les méthodes d'élimination et stockage à long terme du CO2 :
    • le stockage dans la biomasse terrestre et les sols (forêts et sols) ;
    • le stockage dans l'océan avec des méthodes biologiques ;
      • la fertilisation océanique au fer,
      • la culture de macroalgues, dite « afforestation océanique »,
      • la conservation et la restauration des écosystèmes dits du « carbone bleu »,
      • l’altération provoquée des roches et l’alcanisation de l'océan.

La dernière partie traite des méthodes de captage, stockage et valorisation du CO2 ne misant pas sur des stockages de carbones naturels, en précisant une nuance. Si le carbone capté était déjà présent dans l’atmosphère, il s’agit bien de géo-ingénierie ; mais si celui-ci est capté directement à la source des émissions, alors ces méthodes relèvent plutôt du domaine de l’atténuation. L'Académie des Sciences traitent tout de même ces solutions, considérant que quelque que soit l’origine du carbone capté, leurs caractéristiques sont proches de celles de la géo-ingénierie. On y trouve donc des explications sur :

  • le captage direct du CO2 dans l’air : solvants liquides, sorbants solides, carbonation minérale, électro-swing ;
  • les méthodes de valorisation du CO2 ;
  • le stockage du CO2 dans le sous-sol terrestre.

L’illusion du technosolutionnisme versus les cobénéfices réels des solutions fondées sur la nature

De manière générale, l'Académie se prononce fermement en défaveur des solutions de géo-ingénierie. Cette opposition est notamment liée à la grande incertitude concernant les effets à long termes et les risques systémiques de ces différentes méthodes

Il apparaît que, à quelques exceptions près, aucune [solution de géo-ingénierie] ne peut aujourd’hui être déployée à grande échelle sans faire peser des risques importants en raison d’incertitudes majeures sur le plan scientifique, environnemental et géopolitique.

Même si le terme n’est pas utilisé dans le rapport, on retient que le technosolutionnisme est une impasse. Toutes les solutions qui reposent soit sur des technologies encore non abouties, soit sur des processus industriels gigantesques pour fonctionner (voire souvent les deux) sont globalement vouées à l'échec. Notamment à cause... du coût économique, matériel et énergétique de leur déploiement à grande échelle. On voit très bien toute l’ironie de ces solutions : alors qu'elles doivent contribuer à lutter contre le réchauffement climatique en réduisant la concentration de CO2 dans l’atmosphère, leur déploiement nécessite d'extraire toujours plus de métaux et de roches ; de créer de nouvelles filières industrielles ; de consommer des quantités énormes d’énergies et d’eau... et donc, jusqu'à preuve du contraire, d'émettre des gaz à effets de serres ce faisant. 

Les seules méthodes dont le déploiement est encouragé par l'Académie sont celles qui sont de l'ordre des solutions fondées sur la nature : stockage dans la biomasse terrestre, et conservation et restauration des écosystèmes côtiers.

« [L'Académie recommande de] soutenir la recherche sur les différentes méthodes de stockage dans la biomasse vivante terrestre et les sols, qui sont à ce jour les seules immédiatement implémentables à moindre coût et avec de nombreux cobénéfices.». Elle reconnaît toutefois que leur effet sur le stockage de carbone est relatif compte-tenu de tous les facteurs pouvant entraver la capacité de stockage des écosystèmes : incendies, sécheresses, prolifération de nuisibles… En somme, les solutions reposant sur la préservation et la restauration des écosystèmes, déployables à des échelles locales en accord avec les besoins des habitants (agroforesterie, agro-écologie, préservation des mangroves, etc.) sont donc viables et à déployer, mais en parallèle d'une réduction massive des gaz à effets de serres. 

Un argument supplémentaire pour la sobriété

L'urgence de la neutralité carbone est bien le message principal défendu par l'Académie des sciences dans ce rapport : « la priorité absolue doit être donnée aux changements structurels et au déploiement de mesures permettant la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre (GES) et l’adaptation au réchauffement et à ses conséquences.»  

NegaWatt, le GIEC, l’ADEME… les scientifiques, les ingénieurs et les institutions martèlent depuis plusieurs années que cette réduction drastiques passera avant tout par une voie : la sobriété. Ce rapport éclairant sur la géo-ingénierie peut donc être lu comme un plaidoyer supplémentaire en faveur de politiques de sobriétés structurelles ambitieuses : les seules à même de nous mener vers l’objectif de neutralité carbone. 

Document pdf

Rapport Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifiques, enjeux et perspectives

Le 2 octobre 2025, l’Académie des Sciences a publié le rapport Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifiques, enjeux et perspectives. Fruit d’une revue de littérature poussée et de multiples auditions d’expert, ce rapport fait le point sur la maturité des solutions de géo-ingénierie climatique et sur l’opportunité de leur déploiement à grande échelle. Sur la base de ces observations, l’Académie appelle à la prudence, voire à l’adoption d’un moratoire international contre le déploiement de certaines de ces solutions. Un rapport qui peut être lu comme un plaidoyer supplémentaire pour la sobriété afin d'atteindre la neutralité carbone.

Identification du document

  • Auteur: Académie des Sciences
  • Date de publication : October 2025
  • Taille du document : 54
  • Échelle géographique : Nationale, internationale

Découvrez d'autres contenus similaires

  • Stock et flux de carbone

    article
    | October 1, 2025

    Forêts, prairies, cultures et zones humides sont de véritables puits de carbone. Ces milieux sont donc indispensables dans l'absorption des émissions résiduelles pour permettre d’atteindre la neutralité carbone. Leur préservation, essentielle, est complémentaire aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

  • Rapport-avis du Ceser Hauts-de-France : « Vers la neutralité climatique en 2050, quelles priorités aux niveaux régional et local dès l’horizon 2030 ? »

    ressource
    | December 5, 2025

    Le mardi 7 octobre 2025, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) a adopté un rapport-avis intitulé « Vers la neutralité climatique en 2050, quelles priorités aux niveaux régional et local dès l’horizon 2030 ? » porté par la Commission transition énergétique et rev3, présidée par Emmanuel Cohardy. Les deux rapporteurs, Louis-Philippe Blervacque et Hervé Pignon, y ont synthétisé 10 grandes priorités à mettre en œuvre à l’horizon 2030 pour atteindre la neutralité climatique.

  • Couverture Dossier bibliographique Sobriétés

    Dossier bibliographique - Sobriétés

    ressource
    | January 15, 2025

    Ce travail documentaire, réalisé par le Centre Ressource du Développement Durable (Cerdd) en partenariat avec le centre de documentation de la Maison Régionale de l'Environnement et des Solidarités (MRES), dresse un tableau transversal de la sobriété, de ses cadrages législatifs aux éléments de débat qu’elle suscite : sobriété subie ou choisie ? Sobriété ou frugalité ? Quelles confusions entre sobriété et efficacité ? Ce dossier bibliographique retrace les dysfonctionnements d’un modèle consumériste profondément ancré et explore l’ambition d’une sobriété systémique et transformatrice.

  • Jeu de carte Scot du Grand Douaisis.

    Le Grand Douaisis adopte la sobriété pour être neutre en carbone à l'horizon 2050

    initiative
    | February 12, 2025

    Devenir un territoire neutre en carbone d'ici 30 ans, une utopie ? Pas du tout, c'est même une obligation ! Les conditions pour y parvenir nécessitent que chacun s'engage sur la voie de la sobriété. Le Grand Douaisis s'est engagé dans ce travail de titan... et de fourmi.

     

    Fiche initialement publiée en 2021.